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  • Guet-apens, Steve McQueen et Ali MacGraw en pleine cavale

    Guet-apens, Steve McQueen et Ali MacGraw en pleine cavale

    Quelques mois après l’avoir dirigé dans JUNIOR BONNER, LE DERNIER BAGARREUR, le réalisateur Sam Peckinpah retrouve Steve McQueen pour aboutir à l’un des films les plus marquants des 70s.

    Une violence dérangeante

    Doc McCoy (McQueen), un prisonnier, obtient sa libération grâce à l’intervention d’un truand notoire, Jack Benyon (Ben Johnson), qui a besoin de ses services pour organiser le braquage d’une banque. Une fois le braquage commis, McCoy s’aperçoit que Benyon veut le faire supprimer. Lors d’un face-à-face avec lui, Carol (Ali MacGraw), la femme de Doc, tire sur Benyon et le couple prend la fuite avec le butin. GUET-APENS est l’adaptation d’un roman écrit par Jim Thompson et publié en France en 1959 sous le titre LE LIEN CONJUGAL. C’est le premier scénario du débutant Walter Hill qui tournera ensuite son premier film trois ans plus tard avec Charles Bronson intitulé LE BAGARREUR.

    Calibré comme un excellent film de casse doublé porté par un couple de malfaiteurs, GUET-APENS ne se contente pas d’être une succession de morceaux de bravoure réalisés avec maestria par Peckinpah : le film regorge de scènes d’action très réussies comme le braquage de la banque, la poursuite d’un voleur dans une gare ou le règlement de compte final. Visuellement, le film va être un modèle maintes fois recopié. Il y a également une véritable réflexion ici sur la notion de violence, un thème cher au cinéaste. À sa sortie, elle choqua les spectateurs et fut interrogée : est-ce de la violence est gratuite ou dénonciatrice ? Au-delà des scènes de fusillade, c’est bien les propos qui ont dérangé : sexualité sous-jacente, violence conjugale, tromperie, sensualité et mépris de l’autre ornent l’oeuvre du réalisateur alors même que l’auteur du roman fut écarté du projet à cause de sa vision jugée « trop noire » !

    L’histoire d’un couple

    Au-delà de ses grandes qualités de mise en scène, ce qui rend GUET-APENS vraiment passionnant c’est bien l’étude du couple formé par Steve McQueen et Ali MacGraw, qui se double d’une évidente mise en

    abyme. On sait que le tournage marqua le début de leur liaison passionnelle et orageuse, et il semblerait que dans une scène Ali MacGraw a réellement peur de McQueen lorsqu’il lève la main sur elle. GUET-APENS est aussi perçu comme une histoire d’amour et pose même cette question : Jusqu’où une femme peut-elle aller par amour ? Peckinpah ne délimite pas, mais il rend compte de l’évidence. Beaucoup plus loin qu’un homme…

    Avec son final devenu culte, GUET-APENS marquera une étape stylistique importante pour le cinéma US. Après LA HORDE SAUVAGE et LES CHIENS DE PAILLE, Sam Peckinpah apporte une nouvelle pierre à son édifice alors que Steve McQueen renforce un peu plus son statut avant de tourner pour Franklin J.Schaffner dans PAPILLON.

  • Les 15 pires remakes du cinéma

    Les 15 pires remakes du cinéma

    On le sait tous, on entend les mots remakes et reboot un peu partout. Hollywood recycle car l’industrie du cinéma a beaucoup de mal de créer de nouveaux mythes. Si cela peut vous rassurer, cette histoire de remake a constamment été présente et beaucoup de films ont repris d’anciens chef-d’oeuvres pour les remettre au goût du jour. Voici une liste de quinze reprises ratées que vous pourrez vous même agrémenter de vos (mauvais) souvenirs.


    15. KING KONG de John Guillermin (1976)

    Après le chef-d’oeuvre mémorable réalisé en 1933, le mythique Kong revient dans un remake très attendu et qui possède un certain sens du spectacle avec des maquettes impressionnantes. Mais on ne retrouve jamais la complexité thématique de son prédécesseur ni l’aspect sauvage de Skull Island dont la faune préhistorique a complètement disparu (ainsi, un serpent géant remplace le T-Rex…). Une déception qui engendrera tout de même une suite, l’ignoble KING KONG 2…

    14. TOTAL RECALL réalisé par Len Wiseman (2012)

    L’oeuvre originale de TOTAL RECALL, réalisée par Paul Verhoeven, est une véritable pépite. Pas ce blockbuster indigent qui ne fait aucun effort pour retrouver l’esprit de son aîné. On se retrouve face à un film d’action très fade, mal réalisé et joué par un Colin Farrell qui semble s’ennuyer ferme dans ce dédale de fonds verts.

    13. LE JOUR OÙ LA TERRE S’ARRETA réalisé par Scott Derrickson (2008)

    Ce qui est certain, c’est que le réalisateur Scott Derrickson aura largement fait mieux par la suite que ce remake noyé sous un déluge d’effets visuels embarrassant. Remake du magnifique film de Robert Wise sorti en 1951, LE JOUR OÙ LA TERRE S’ARRETA souffre de trop d’approximations narratives tandis que Keanu Reeves n’est visiblement pas à son aise dans la peau du sinistre Klaatu qui contraste avec sa première version.

    12. OLD BOY réalisé par Spike Lee (2013)

    Pourquoi Spike Lee a-t-il réalisé un remake du superbe long-métrage de Park Chan-Wook ? On se le

    demande encore même si tout n’est pas à jeter dans cette version occidentale portée par un intense Josh Brolin. Mais on ne retrouve jamais la maestria de l’original ni son sens de la démesure. Surtout, il n’apporte pas grand-chose de neuf…

    11. LA MOMIE réalisé par Alex Kurtzmann (2017)

    Tout était réuni pour que cette nouvelle version soit une réussite. UNIVERSAL PICTURES voulait relancer son « Monster Universe » avec plusieurs stars au casting dont Tom Cruise en Momie et Russell Crowe en Jekyll et Mr.Hyde. Hormis quelques scènes d’action efficaces, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent, et surtout pas ce scénario mal écrit et rempli d’invraisemblances. L’acte de naissance et la mort instantanée d’un univers partagé en un claquement de doigts.

    10. POINT BREAK réalisé par Ericson Core (2015)

    Difficile de passer après le film culte réalisé par Katrhyn Bigelow avec Keanu Reeves et Patrick Swayze. Si, visuellement, ce remake ne s’en sort pas trop mal, on peut regretter l’absence presque totale de toute ambition narrative. Et puis (surtout), Edgar Ramirez et Luke Bracey n’ont pas le charisme de leurs deux prédécesseurs…

    9. POLTERGEIST réalisé par Gil Kenan (2015)

    Film culte des 80s produit par Steven Spielberg, POLTERGEIST a offert quelques froides sueurs aux spectateurs de l’époque. Ce qui est loin d’être le cas de cette version qui manque de punch, de rebondissements et, surtout, d’effroi. Subissant les maux sempiternels du cinéma d’horreur modernes (à base de jump scares épuisants), POLTERGEIST peut au moins compter sur les interprétations solides de Sam Rockwell et Rosemarie DeWitt.

    8. FREDDY, LES GRIFFES DE LA NUIT réalisé par Samuel Bayer (2010)

    Hormis le tout premier film réalisé par Wes Craven en 1984, le personnage fascinant terrifiant Freddy n’a pas eu beaucoup de chance lors de ses sorties cinématographiques. On n’a l’impression qu’aucun cinéaste n’a réellement su retranscrire toute l’effrayante fascination que possède un tel personnage. Ce remake de 2010 ne change pas la donne : effets ratés, scénario à la ramasse, acteurs qui surjouent… Seule l’incarnation du Mal par Jackie Earl Haley reste satisfaisante.

    7. PSYCHO réalisé par Gus Van Sant (1998)

    Oui, Gus Van Sant est un excellent réalisateur. Mais quel est l’intérêt de copier plan par plan le chef-d’oeuvre d’Alfred Hitchcock ? Une véritable transposition plan par plan qui n’apporte aucune sorte absolument rien.

    6. THE DINNER réalisé par Jay Roach (2010)

    Remake US du fabuleux LE DINER DE CONS de Francis Veber, THE DINNER réunit Paul Rudd et Steve Carell pour une adaptation vulgaire et complètement à la ramasse malgré un duo de solides comédiens. Il est vrai que le film essaie de se différencier de son modèle, mais il le fait avec des gags qui tombent souvent à plat. Sitôt vu, sitôt oublié.

    5. CONAN LE BARBARE réalisé par Marcus Nispel (2011)

    Jason Momoa a récemment traité ce film de « merdique ». Difficile de lui donner tord tant ce remake torpille l’univers qu’il adapte. Edulcoré à outrance, Conan n’a plus rien de « barbare » et s’inscrit dans une époque qui préfère lisser ses personnages quitte à les désincarner. Sans parler d’une direction artistique aux abois, gâchée par des effets spéciaux ratés. Même si le long-métrage de 1982 avec Arnold Schwarzenegger est culte, on ne peut pas le considérer comme un grand film. Il y avait donc toute la place pour réussir cette nouvelle version et offrir de nouvelles perspectives. Ce qui ne fut pas le cas…

    4. CARRIE, LA VENGEANCE réalisé par Kimberly Peirce (2013)

    L’ambiance malsaine du film de Brian de Palma est autant dû à la mise en scène précise du cinéaste qu’à l’interprétation fabuleuse de Sissy Spacek (et aussi à l’histoire originelle de Stephen King, bien sûr). Deux qualités dont est dépourvu ce remake qui baigne dans un aspect teenage souvent embarrassant. Quant à Chloé Grace Moretz, elle a bien du mal à donner de l’épaisseur à son personnage à cause d’une prestation sans relief.

    3. ROLLERBALL réalisé par John Mctiernan (2002)

    Tournage sous tension, intrusion excessive des producteurs, réécritures… la genèse de ROLLERBALL est aussi calamiteuse que le film en lui-même. Nous ayant habitués à d’imposants morceaux de bravoure tout au long de sa carrière, le cinéaste déçoit dans les grandes largeurs avec une réalisation platonique tout juste sauvée par une impressionnante introduction. On est loin de l’excellent film original réalisé par Norman Jewison en 1975.

    2. BEN-HUR réalisé par Timur Bekmambetov (2016)

    Qui a eu cette idée folle de réaliser un remake d’un des plus grands films de tous les temps, récompensé onze fois aux Oscars ? En plus d’être une nouvelle version parfaitement inutile, le BEN-HUR de 2016 réussit la prouesse d’être moins spectaculaire que son aîné datant de 1959 ! Sans relief, gâché par une réalisation tape-à-l’oeil et un scénario paresseux, le film de Belmambetov a logiquement été jeté aux oubliettes.

    1. LES VISITEURS EN AMERIQUE réalisé par Jean-Marie Poiré (2001)

    Une véritable catastrophe qui en plus d’être un mauvais remake, provoque régulièrement le malaise de par ses gags affligeants. C’est un ratage complet dans lequel Jean Reno et Christian Clavier surjouent à outrance pour tenter de faire passer la pillule. Il faut dire que c’était compliqué de retranscrire cette histoire très franco-française dans le contexte américain et on remarque rapidement que Poiré est perdu dans ce cahier des charges très contraignant. Bon, il ne fera pas beaucoup mieux quinze ans plus tard avec l’affreux LES VISITEURS 3, LA REVOLUTION…

  • The Ryan Initiative, une histoire originale pour Jack Ryan

    The Ryan Initiative, une histoire originale pour Jack Ryan

    Onze ans après LA SOMME DE TOUTES LES PEURS, le personnage de Jack Ryan signe son retour sous la houlette de Kenneth Branagh qui le propulse dans une histoire originale, non adaptée d’un des romans écrits par Tom Clancy.

    Un renouveau ?

    Le cinéaste, accompagné de ses deux scénaristes Adam Cozad et David Koepp, décide de ne pas se limiter avec une transposition de livre et recevra l’aide de Clancy lui-même concernant la direction du récit. Il faut dire qu’à la base du projet, Jack Ryan ne fait pas partie de l’équation. C’est seulement après plusieurs versions écrites que la PARAMOUNT demande d’intégrer le célèbre analyste à l’histoire. Les producteurs se disent qu’il y a là matière à exploiter de nouveau une franchise somme toute lucrative et qui pourrait profiter d’un nouvel élan, à l’instar de MISSION IMPOSSIBLE et JAMES BOND.

    Pour succéder à Alec Baldwin, Harrison Ford et Ben Affleck, c’est Chris Pine qui est choisi. Mis en lumière après le succès du reboot de STAR TREK par J.J Abrams, le comédien est conseillé par Baldwin lui-même qui le pousse à accepter sans sourciller la proposition. Le voilà donc propulsé dans un nouvel univers, plus réaliste que la saga galactique. Ancien Marine, Jack Ryan est un brillant analyste financier. William Harper (Kevin Costner) le recrute au sein de la CIA pour enquêter sur une organisation financière terroriste. Cachant la nature de cette première mission à sa fiancée, Jack Ryan part à Moscou pour rencontrer l’homme d’affaires qu’il soupçonne d’être à la tête du complot. Sur place, trahi et livré à lui-même, Ryan réalise qu’il ne peut plus faire confiance à personne. Pas même à ses proches.

    Efficace, mais trop classique

    THE RYAN INITIATIVE est finalement un film d’action assez efficace qui reprend les éléments de l’univers

    de Jack Ryan tout en les modernisant. L’influence de JASON BOURNE reste grande, mais Branagh tente de s’en extirper en se recentrant sur une solide galerie de personnages. En revanche, on pourra lui reprocher un manque de surprises dans son récit, tout étant assez balisé du début à la fin. C’est probablement ce qui a joué en sa défaveur lors de sa sortie : qu’est-ce qui démarque Jack Ryan de ses camarades espions ? James Bond a entamé sa période troublée et intimiste (avec les cartons de CASINO ROYALE et SKYFALL) et Ethan Hunt est en pleine phase de croissance (avec le renouveau de PROTOCOLE FANTOME). Jack Ryan, lui, reste sur ses acquis et paraît bloqué dans les 90s. Les spectateurs ne lui ont d’ailleurs pas réservé un grand accueil avec des recettes s’élevant seulement à 135 millions (pour 65 millions de budget). C’est le plus petit score de la franchise, ce qui tue d’emblée tout espoir de suite. Tom Clancy meurt quelques mois avant la sortie du film, ce qui signe l’arrêt momentané de Jack Ryan à l’écran. Avant une renaissance télévisuelle…

    THE RYAN INITIATIVE est actuellement disponible sur Amazon Prime Video.

  • Une date, une histoire : l’amusante rivalité entre Tom Cruise et Val Kilmer sur le tournage de TOP GUN

    Une date, une histoire : l’amusante rivalité entre Tom Cruise et Val Kilmer sur le tournage de TOP GUN

    UNE DATE, UNE HISTOIRE est une rubrique au texte court, qui reviendra régulièrement sur une date clé du cinéma, se référant à un événement en particulier, une sortie de film, une polémique ou tout autre fait qui a eu lieu dans l’Histoire.

    Nous sommes en 1985 sur le tournage de TOP GUN.

    Jeune et fougueux, Val Kilmer possède déjà une réputation de Bad Boy lorsqu’il est choisi pour incarner Iceman dans TOP GUN. Seulement voilà, l’acteur se fiche du film et de ce rôle, soit tout l’inverse de son partenaire à l’écran : un certain Tom Cruise. Studieux, concentré et minutieux, ce dernier est imperturbable, conscient que ce long-métrage peut être un tremplin pour sa future carrière. Kilmer, de son côté, multiplie les sorties en boîtes et tente tant bien que mal de « corrompre » Cruise pour qu’il lâche prise. Il déclarera dans ses mémoires. « Depuis le premier jour, il était concentré sur un unique but : devenir le plus grand héros d’action de l’histoire du cinéma. Il passait ses nuits à apprendre son texte ; ses journées à perfectionner ses cascades. Son dévouement était admirable. D’autant plus qu’il a atteint son but.« .

    Au fur et à mesure, Val Kilmer va s’amuser de cette rivalité qu’ils entretiennent à l’écran et sur le plateau. Mieux, elle motive l’interprète d’Iceman qui commence à prendre plaisir d’être présent dans ce film. Un jeu du chat et de la souris avec son partenaire qui va finalement se transformer en un respect mutuel l’un envers l’autre. Kilmer se souvint également d’une anecdote qui l’avait beaucoup amusée. «  »Mon moment préféré entre nous a été une petite farce. Je lui ai offert une bouteille de champagne extrêmement cher, mais je l’ai placée au milieu d’un champ géant et lui a fait suivre des indices de style chasse au trésor pour la trouver. Je me suis caché derrière un gradin et je l’ai regardé trimballer la caisse géante jusqu’à sa moto (…) Il ne m’a jamais remercié pour cette petite d’attention style Iceman. Je pensais que ça briserait la glace, mais ça n’a pas été le cas ! ».

    Finalement, les deux hommes ont toujours gardé un lien très fort, ce qui a conduit à cette très belle scène de retrouvailles dans TOP GUN MAVERICK.

    TOP GUN est actuellement disponible sur Amazon Prime Video.

  • Ed Wood, le portrait d’un réalisateur hors normes par Tim Burton

    Ed Wood, le portrait d’un réalisateur hors normes par Tim Burton
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    Considéré par la presse comme « le pire réalisateur de tous les temps », Ed Wood est aujourd’hui vu avec plus beaucoup de sympathie et s’avère même adoré de certains cinéphiles qui se délectent de ses séries Z aux effets spéciaux et jeu d’acteurs approximatifs.

    L’histoire d’un outsider

    Le film revient à la source : En 1952, à Hollywood, Ed Wood (Johnny Depp) cherche à percer dans l’industrie du cinéma. Il rencontre le producteur Georgie Weiss (Mike Star) alors que celui-ci cherche à faire un film inspiré de l’histoire de Christine Jorgensen (la première personne à s’être fait opérer pour changer de sexe) et lui propose d’écrire le scénario. Peu après, Wood rencontre Béla Lugosi et les deux hommes deviennent rapidement amis. Wood persuade Weiss de le laisser réaliser le film car lui-même aime s’habiller en femme et en mettant en avant la participation de Lugosi au projet. Wood réalise son rêve en étant à la fois acteur, scénariste, réalisateur et producteur de Glen or Glenda? mais le film est un grave échec à la fois commercial et critique.

    Tim Burton aime ces outsiders qui tentent de créer un univers, aussi limité soit-il. Avec ED WOOD il brosse un portrait plein d’empathie autour de cet homme qui n’a qu’un rêve : faire du cinéma. Ce sont les scénaristes Scott Alexander et Larry Karaszewski qui ont l’idée d’écrire un film sur Ed Wood alors qu’ils sont encore étudiants à l’USC School of Cinematics Arts. Ils le proposent, plusieurs années plus tard, au réalisateur Michael Lehmann qu’ils ont connu à l’université. Celui-ci parle du synopsis à la productrice Denise Di Novi qui a collaboré avec Tim Burton sur EDWARD AUX MAINS D’ARGENT.

    Burton se documente avec beaucoup d’attention sur le parcours de ce cinéaste. Il est admiratif du fait que Wood réalisait ses films comme s’il mettait en scène CITIZEN KANE ! Pour l’incarner, le metteur en scène de BEETLEJUICE ne voit qu’un homme : Johnny Depp. Nous sommes à une époque où ce dernier a perdu l’envie de jouer avec une forme de désespoir qui devient pesant dans sa propre vie. Au casting, on retrouve également Martin Landau (qui interprète l’acteur Bela Lugosi), Sarah Jessica Parker, Bill Murray, Vincent d’Onofrio et Jeffrey Jones.

    Un biopic exemplaire

    Avec un mélange d’outrance spectaculaire et de précision d’horloger, Johnny Depp se glisse dans la peau de cet homme excentrique, prêt à tout pour vivre ses rêves. Tim Burton en tire un biopic tendre, voire amusant par moments. Il impose le noir et

    blanc à son studio (Buena Vista, une ancienne filière de Disney), seul moyen pour lui de rendre authentique son film. La passion du cinéma qui animait Ed Wood est racontée avec beaucoup d’empathie par Burton. Il se sent proche de la personnalité atypique de ce réalisateur moqué.

    ED WOOD est peut-être l’un des films les plus matures de Tim Burton. Il transforme le réel avec une touche de fantaisie qui sied parfaitement à la personnalité de son personnage. Malheureusement, ce sera un échec au box-office avec seulement 5 millions de dollars récoltés (pour 18 millions de budget). C’est le premier gros échec de la carrière du cinéaste, mais sa nature même n’en faisait pas un prétendant sérieux au box-office. Après cela, il partira dans une direction totalement différente avec un certain MARS ATTACK !

  • Le dernier des géants, l’ultime rôle de John Wayne au cinéma

    Le dernier des géants, l’ultime rôle de John Wayne au cinéma

    Nommé THE SHOOTIST en VO, le film de Don Siegel possède une traduction française parfaite : LE DERNIER DES GEANTS. Il évoque, en creux, le crépuscule du western, ce genre adoré depuis des décennies qui va s’éteindre avec l’un des acteurs qui l’a le mieux incarné : John Wayne.

    Atteint d’une maladie incurable, John Bernard Books (John Wayne), le dernier des professionnels légendaires de la gâchette, rentre calmement à Carson City pour recevoir des soins de son vieil ami le Dr Hostetler (James Stewart). Sachant que ses jours sont comptés, il trouve confort et tranquillité dans une pension tenue par une veuve (Lauren Bacall) et son fils (Ron Howard). Mais « Books » n’est pas destiné à mourir en paix; devant les perspectives de la déchéance physique et d’une agonie atroce, il choisit de partir comme il a toujours vécu, les armes à la main, dans un dernier combat. Adapté d’un roman écrit par Glendon Swarthout, LE DERNIER DES GEANTS est, en 1976, un chant du cygne qui trouve forcément un écho dans l’état de santé de Wayne. Lorsqu’il tourne le film, l’acteur est en pleine rémission d’un cancer.

    Pas de glorification ici, ni d’héroïsme et encore moins d’incarnation virile de la Conquête de l’Ouest. Dans les années 70 déjà, Peter Bogdanovich avait évoqué l’idée d’un film sous forme d »adieu » pour le western

    avec les stars issues du cinéma de John Ford : James Stewart, John Wayne et Henri Fonda. C’est finalement Don Siegel, cinéaste éclectique et surprenant, qui se aura le privilège de mettre en scène une histoire testamentaire. S’il n’est pas encore atteint du cancer qui lui coûtera la vie, Wayne n’est pas au mieux de sa forme durant les prises de vues. Atteint d’une pneumonie, il s’efforce toutefois de garder son sens du professionnalisme lorsque les caméras tournent. Et Siegel le filme avec une pudeur magnifique, les yeux de l’acteur possédant une forme de profonde mélancolie qui rejaillit totalement à l’image.

    Le spectre de la mort plane partout dans LE DERNIER DES GEANTS. Le héros d’autrefois est condamné et le film ne cesse de jouer mélodramatiquement avec la métaphore de la maladie. C’est la fin de la conquête, le début d’une nouvelle ère. Trois ans plus tard, John Wayne, la légende, s’éteindra. Le western, lui, se poursuivra mais loin de l’esprit d’autrefois.

  • Snake Eyes, une histoire de points de vue par Brian de Palma

    Snake Eyes, une histoire de points de vue par Brian de Palma

    SNAKE EYES cristallise à peu près toutes les problématiques du cinéma de Brian de Palma. C’est aussi l’un de ses films qui divisent le plus ses aficionados…

    Révélateur de vérités

    Le palais des sports d’Atlantic City contient à peine la foule venue assister au match du siècle, où s’affrontent deux poids lourds de la boxe. Soudain des coups de feu éclatent à proximité du ring et le secrétaire d’Etat à la Defense s’effondre, mortellement blessé. L’enquête commence sous la direction de l’inspecteur Rick Santoro (Nicolas Cage), policier corrompu. Rick va s’efforcer de sauver sa réputation ainsi que celle de son ami Kevin Dunne (Lou Logan), chargé de la sécurité du secrétaire d’Etat, et qui s’était malencontreusement absenté au moment du drame… Suite au succès de MISSION IMPOSSIBLE, Brian de Palma a de nouveau les coudées franches pour ses projets. Il décide de retravailler avec David Koepp, les deux hommes ayant déjà collaboré sur L’IMPASSE.

    Le scénariste a l’idée d’un meurtre qui serait vu de plusieurs points de vues différents. Un parti pris qui passionne de Palma et qui le pousse à se lancer dans le projet. SNAKE EYES se transforme peu à peu en oeuvre somme pour le cinéaste et va cocher toutes les cases d’un film outrancier qui brille par sa générosité. À ce titre, le choix d’un Nicolas Cage abusif colle parfaitement à la dérive d’un long-métrage

    indéniablement excessif. Toutefois, De Palma ne fait que reprendre ici les thématiques qui l’animaient comme le pouvoir du regard (ou du point de vue), la puissance de l’imagination et le poids des images qui peuvent être interpréter de différentes manières. Pour poser cette vision, il réalise une entame de maître : un plan-séquence de dix minutes que le reste du film va s’acharner à déconstruire. On voit d’abord cet ensemble du point de vue de Santoro avant que l’on nous rende notre propre regard lorsque le montage va s’efforcer de rétablir les faits.

    L’obsession d’un grand cinéaste

    C’est un travail passionnant fait par un passionné. En grand admirateur d’Alfred Hitchcock, De Palma livre un travail d’orfèvre, d’une précision diabolique. Certains trouvent l’exercice vain et borderline (à l’instar d’une dernière demi-heure effectivement mal maîtrisée), mais on peut admettre objectivement que la rigueur artistique de SNAKE EYES saute aux yeux. Dans son rapport à l’image, le metteur en scène nous livre son point de vue obsessionnel et jusqu’au boutiste qui témoigne de son amour immodéré pour le 7ème art. Produit pour la somme imposante de 73 millions de dollars, SNAKE EYES ne sera malheureusement pas un succès et finira sa carrière avec 103 millions de dollars. Après ça, De Palma ne jouira plus jamais d’une si grande liberté pour l’un de ses projets…

    SNAKE EYES est actuellement disponible sur Disney +.

  • The revenant, le film de l’Oscar pour DiCaprio

    The revenant, le film de l’Oscar pour DiCaprio
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    Et soudain, ce fut la récompense suprême, tant attendue. Plus de deux ans après la sortie du LOUP DE WALL STREET, pour lequel on pensait bien qu’il la remporterait, Leo revenait avec THE REVENANT, un survival en nature hostile réalisé par un cinéaste qui n’a peur de rien.

    Un véritable pari

    Gonzalez Innaritu, réalisateur de BABEL et de BIRDMAN, s’est lancé dans une vraie aventure. Un projet qu’il porta durant cinq ans et qu’une personne a permis de réaliser : Leonardo DiCaprio, peut-être la seule star au monde qui garantit le succès à votre production, si risquée soit-elle. Franchement, sans ce coup de pub, qui investirait 135 millions de dollars dans un film de 2h36 sur un homme seul face à la nature ? Personne et il aurait raison. Les risques financiers seraient énormes voire suicidaires. Filmé à l’état naturel, sauvage, sans artifice (ou presque), l’histoire sur Hugh Glass, célèbre trappeur américain, est incroyable. Incroyable de souffle, de virtuosité, d’intensité.

    La pré-production fut assez compliquée. Pour imprégner cette idée de puissance naturelle, il fallait des décors et des paysages capables de paraitre assez rudes à l’écran pour figurer le grand Ouest américain. Inarritu mis plusieurs mois pour trouver les lieux idéaux. Une fois cette mise en place installée, DiCaprio était conscient du défi à relever, lui-même ayant eu vent de l’histoire narrée. « Je connaissais le scénario qui tournait depuis pas mal de temps à Hollywood. Lorsque Alejandro est arrivé, il y a ajouté une dimension spirituelle. ». Ce dernier a notamment retravaillé son personnage, Glass. « Il a fait un énorme travail d’introspection. Ce n’est pas un film de vengeance classique. ».

    Un tournage épique

    On a cette impression que le tournage fou de ce film se répercute totalement à l’image. Prévu pour durer 80 jours, il dura plus de neuf mois ! L’équipe a démarré les prises de vues avec l’incroyable bataille du début. « Ce fut un sacré challenge. » admis DiCaprio. Will Poulter, qui incarne Jim Bridger, l’affirma également. « C’était une véritable chorégraphie ! On a d’abord passé deux semaines à répéter la scène. On devait être très précis dans les mouvements car on tournait en plan-séquence avec des objectifs grand angle et tout devait être synchrone.« .

    Malheureusement, le tournage doit être interrompu : impossible de tourner la moindre séquence de neige au Canada. Le Chinook, ce vent sec et chaud des Rocheuses, fait fondre la neige. Durant ce laps de temps, une équipe se met à la recherche d’un lieu où tourner tandis que des rumeurs commencent à jaillir. Il semblerait que le tournage soit un désastre où même les conditions de sécurité ne sont pas assurées. Le studio gère la crise pendant qu’il débourse 50 millions de dollars de plus pour la fin des prises de vues. DiCaprio fera de nombreuses déclaration sur ce tournage, soulignant le fait qu’ »il avait souffert d’hypothermie » ou encore qu’il « avait mangé du foie de bison cru« . Quoiqu’il en soit, une telle aventure reste peu commune dans le cinéma américain contemporain.

    L’Oscar tant attendu

    Evidemment, THE REVENANT a changé la carrière de son acteur principal que l’on sent plus apaisé aujourd’hui, plus tranquille par rapport à la récompense qui lui manquait : l’oscar. Le boycott évident de l’industrie à son égard en était ridicule. On pourra

    toujours débattre sur le fait que ce n’est certainement pas  pour son meilleur rôle qu’il a obtenu la récompense (mais c’est déjà arrivé beaucoup de fois dans l’Histoire). Evidemment, il est génial en Hugh Glass, très physique, ressort ses instincts primaires, se déchaîne dans une souffrance physique que l’on ressent constamment. Le seul problème c’est qu’il frôle parfois le surplus, le trop-plein. Heureusement, il ne tombe jamais dans le mauvais goût. Il peut compter sur son cabotin de partenaire, Tom Hardy, qui, lui aussi, impose une interprétation musclée et brutale.

    THE REVENANT fut un grand succès en rapportant 529,2 millions de dollars de recettes pour 135 millions de budget. Une anomalie pour un film de près de trois heures qui n’est ni rattaché à une franchise, ni dans un genre des plus populaires (pas de fantasy, pas de SF, pas de fantastique). Mais l’atout majeur reste sa star, probablement l’une des dernières qui peut encore ramener les spectateurs en salles grâce à son seul nom. Pas un mince exploit. 

  • critique de PINOCCHIO (2022)

    critique de PINOCCHIO (2022)

    Dans son incessante volonté de lancer des remakes de ses propres classiques animés, Disney décline lentement vers le grotesque en enchaînant des productions qui n’ont rien à raconter et surtout rien à offrir de neuf. Place cette fois à PINOCCHIO qui refait surface 82 ans après la sortie du dessin animé.

    Que le personnage créé par Carlo Collodi ait connu plusieurs déclinaisons sur grand écran est déjà un facteur problématique. N’avons-nous pas fait le tour de cette oeuvre ? Peut-on encore réussir à se renouveler avec ce petit garçon en bois dont le nez s’allonge lorsqu’il ment ? Disons que l’affaire est déjà compliquée. Elle est plus encore quand il faut refaire la version d’un dessin animé vieux de 80 ans. En engageant l’immense Robert Zemeckis derrière la caméra, le studio s’offre du prestige. Même chose quand Tom Hanks signe pour incarner Geppetto. Des noms, un gros budget et l’un des personnages les plus emblématiques qui soit. Voilà une recette toute faite.

    Le problème c’est que rien ne fonctionne vraiment dans cette nouvelle version diablement lente et redoutablement sage. On s’ennuie ferme pendant deux heures, dans lesquelles surnagent parfois une bonne idée. Ce n’est jamais suffisant pour retenir notre attention qui se perd dans la laideur artistique étonnante du long-métrage : que ce soit dans la photographie ou les effets spéciaux, tout est d’une platitude consternante. Sans parler de cette agaçante habitude de tout édulcorer jusqu’à ne plus avoir de fond véritable. Zemeckis laisser aller, visiblement peu concerné par cette commande qui lui permettra probablement de financer l’un de ses futurs projets. Hanks lui, se retrouve à interpréter un Geppetto peu attachant qui demeure bien éloigné de cette figure paternelle qui nous a souvent été présentés. Seul point vraiment positif, les plus jeunes enfants devraient au moins accrocher à cette aventure bien anecdotique. C’est déjà ça.

    AVIS GLOBAL : Cette nouvelle version de PINOCCHIO est une grande déception au vu des talents réunis derrière et devant la caméra. À force de vouloir encore et toujours exploiter leur catalogue, Disney commence réellement à toucher le fond avec ses remakes en live…

    NOTE :

    Note : 1 sur 5.

    PINOCCHIO – 1h51

    Actuellement disponible sur Disney +.

  • Dark City, le classique SF d’Alex Proyas

    Dark City, le classique SF d’Alex Proyas

    Aujourd’hui, le nom d’Alex Proyas résonne avec les douloureux PREDICTIONS et GODS OF EGYPT. Dans les 90s, le cinéaste marque les esprits avec THE CROW, fortement critiqué à sa sortie et pourtant adoré des fans du comics originel. Evidemment, la mort de son interprète Brandon Lee sur le tournage aura crée une grande controverse et mis en lumière le film d’une bien mauvaise manière. 

    Quatre ans plus tard, 27 millions de dollars lui sont alloués pour un projet qu’il porte depuis de nombreuses années. Grand film noir traversé par une superbe vision SF, DARK CITY a glané ses galons de film culte au fil des années. Avec MATRIX, il représente ce qu’il s’est fait de mieux dans le genre au sein des 90s, puisant son inspiration dans les bandes dessinées européennes et le monde des comics books. Proyas inscrit DARK CITY dans la veine du polar à l’ancienne et en reprend les gimmicks : une femme fatale, des hommes de main, une manipulation, un complice défaillant…

    Véritable tour de force technique, le film monte en puissance grâce à la maestria de Proyas qui s’inspire des metteurs en scène allemands et du mouvement expressionniste. Par exemple, il créa de toute pièce une ville hors du temps et de l’espace dans les transformations nocturnes sont de superbes exploits techniques qui offrent une sensation de malaise du plus bel effet. 

    Aujourd’hui, DARK CITY est perçu avec beaucoup de respect par les cinéphiles, moins par le grand public qui retient essentiellement MATRIX. Lorsqu’il sort en 1998, il passe inaperçu, submergé par TITANIC qui détruit tout sur son passage. La proposition étrange de Proyas ne trouve pas son public en rapportant seulement 27,2 millions de dollars. En France, ce sont 383 915 spectateurs qui se déplacent dans les salles pour visionner le film.

    La suite de la carrière du cinéaste sera plus délicate. Tout juste sauvera-t-on l’impressionnant I,ROBOT avec Will Smith en 2004 qui sera un beau succès avec 347,2 millions de dollars amassés. Malgré tout, aucun de ses films ne marquera autant les esprits que DARK CITY, une oeuvre désormais emblématique du genre.