Les infiltrés, Leonardo DiCaprio face à Jack Nicholson

Après la déception des oscars en 2005 où il ne remportera pas l’oscar du meilleur acteur pour AVIATOR (l’académie a choisi Jamie Foxx pour son rôle dans RAY), Leonardo DiCaprio rebondit directement en retrouvant une fois de plus Martin Scorsese pour un nouveau projet ambitieux.

Le film s’appelle LES INFILTRES et est le remake d’un thriller hongkongais INFERNAL AFFAIRS sorti en 2002. L’intrigue fut relocalisée à Boston, où DiCaprio incarne un flic infiltré, chargé de rassembler des preuves contre un parrain de la Mafia. De son côté, Matt Damon avait accepté d’interpréter l’homme de main du milieu qui infiltrait la police. En acceptant la proposition, Leonardo prit le risque de contrarier Robert de Niro, car cet engagement le contraignait à décliner un rôle dans RAISONS D’ETAT. Scorsese, lui, était ravi de retrouver Leo, bien que cela se fasse aux dépens de de Niro (qui n’en a pas tenu rigueur, évidemment).

Le légendaire perfectionnisme du cinéaste compliqua les prises de vues, mais le studio ne pouvait rien refuser à un tel metteur en scène. Pour exemple, il y avait ainsi une scène d’une minute dans le film où l’on voyait la partenaire de DiCaprio, Vera Farmiga, le poursuivre devant le palais de justice Edward Brooke. Cette prise de vue nécessita à elle seule six heures de tournage, dix à douze répétitions, et plus de quinze prises. La minutie de Scorsese était telle qu’il alla jusqu’à demander le remplacement d’un réverbère par un autre, légèrement différent ! En plus de cela, un comédien faisait également des siennes, un certain Jack Nicholson. Il réécrivait quotidiennement le script, obligeant le réalisateur à tourner un scénario modifié avant de filmer sa propre version, dans l’unique but de contenter la star. « Le plateau ne baigne pas dans l’euphorie« , confirmèrent les témoins qui précisèrent que DiCaprio était « excédé ». Le comportement fantasque et excentrique de l’acteur chevronné déconcertèrent ses jeunes partenaires. « Quand Jack Nicholson arrivait sur le plateau, se souvint Matt Damon, il faisait des choses dingues. ». Dans le film, Nicholson interprétait Frank Costello, un parrain de la mafia à moitié dément, qui faisait preuve d’une rare violence. L’acteur s’était pris au jeu et ne cessait d’enchaîner les improvisations. Leo était aussi fasciné que déconcerté face à un tel monstre. « C’est une force de la nature et on doit se tenir prêt à encaisser les coups. Par

moments, je ne savais vraiment pas ce qui allait se passer. Si vous engagez Jack Nicholson pour jouer un gros bonnet de la Mafia irlandaise dans un film de genre réalisé par Martin Scorsese, il va évidemment s’approprier le rôle. Ce qui implique d’arriver chaque jour sur le plateau comme on se jette dans le vide. Avec lui, l’improvisation est constante. ». Cette analyse ne tarda pas à se vérifier. Une scène-clé du film, où Nicholson soupçonne le personnage de Leo, allait tourner d’une manière étonnante. Après la première prise, l’acteur de SHINING confia à Scorsese : « Il n’a pas assez peur de moi. Il faut que je sois plus effrayant.« . Leonardo rapporta la suite de l’histoire. « Quand je suis arrivé le jour suivant, il y avait des cheveux de Jack partout. Il marmonnait dans sa barbe et l’accessoiriste m’a averti qu’il avait un extincteur, une bouteille de whisky, quelques allumettes et une arme planqués quelque part. Là, je me suis assis à la table sans savoir à quoi m’attendre. Soudain, il a mis le feu à la table après avoir versé du whisky partout et il m’a collé une arme sur le visage. Ça a complètement transformé la dynamique de la scène !« .

Malgré un tournage exigeant et fatigant, Leo apprit beaucoup avec Nicholson. Son interprétation est intense et emmène son personnage dans les tréfonds d’un mal qui éclate dans un final spectaculaire. LES INFILTRES fut un succès public avec 289,8 millions de dollars de recettes mondiales. L’académie des Oscars le récompensa de quatre oscars : celui du meilleur film, meilleur scénario adapté, meilleur montage et, pour la première fois, meilleur réalisateur pour Scorsese. Une distinction qui fit débat, certains rappelant le fait que le cinéaste aurait du l’obtenir bien avant pour de meilleurs films. Quoi qu’il en soit, LES INFILTRES reste un long-métrage majeur des années 2000 à l’intensité dantesque porté par un casting réellement impressionnant.

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