Mission, Roland Joffé et les colons

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Roland Joffé a une carrière totalement surprenante et avec laquelle on peut nourrir des regrets. Elle a commencé avec deux grands chefs-d’oeuvre (dont MISSION qui succède à LA DECHIRURE), puis elle a décliné après le très beau LA CITE DE LA JOIE. Il fut obligé, par la suite, de réaliser des projets de seconde zone, loin de la beauté épique de ses débuts.

Cinéaste amoureux du grand spectacle, il parvient à mêler les séquences épiques à un onirisme renversant. MISSION est un véritable sommet de mise en scène, un voyage aride vers une nature aussi

belle qu’effrayante. Un film à gros budget comme on n’en fait plus aujourd’hui, violent, intelligent et fortement pertinent, réalisé à une époque où quelques producteurs se lançaient dans des projets sans garanties financières.

Dès l’ouverture, la caméra dévoile un monde sur le point de disparaître. La nature sera bientôt remplacée par la sauvagerie du colon qui désire plus que tout s’approprier ces terres. La mélodie grandiose d’Ennio Morricone nous emmène déjà vers cette fin annoncée, tout en tendant discrètement vers la magnificence. Un équilibre que trouve également Joffé dans sa mise en scène et dans son script, n’hésitant pas à nous plonger durant près d’une heure au sein de cette nature en péril. Son histoire se mêle à celle de Rodrigo Mendoza, un mercenaire qui trouve chez les Guaranis une nouvelle voie à emprunter. Son destin est mêlé à celui des Jésuites et plus particulièrement au père Gabriel. Incarnés par Robert de Niro et Jeremy Irons, ces deux hommes sont des téméraires et n’hésiteront pas à braver l’ordre pour tenter de sauver des terres et des individus déjà condamnées.

Les deux comédiens façonnent avec une subtilité détonnante leurs personnages. À la rudesse de de Niro s’oppose la bonté de Irons. Ils se battent chacun à leur manière, portés par leurs propres convictions. À mi-parcours, le film laisse de côté l’imagerie élégiaque pour se tourner vers la dureté des paroles. Ce moment charnière, où les intérêts sont conditionnés par les haut placés, va offrir une rupture de ton brutale. Elle s’opère également dans la bande-sonore, les notes de Morricone gagnant en gravité. Ces instants nous mènent inéluctablement vers un dénouement tragique et inéluctable. MISSION s’achève alors dans les larmes et le sang. Jusqu’à un ultime plan, aussi lumineux que terriblement triste : ces enfants qui partent au loin, représentant à la fois l’héritage des indigènes et le chemin vers un avenir incertain.

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