Open Range, Kevin Costner et l’Ouest américain

Six ans après l’échec de POSTMAN, Kevin Costner revient à la réalisation avec OPEN RANGE, un western plus classique qui adapte le roman écrit par Lauran Paine, THE OPEN RANGE PAIN.

L’hommage à un genre oublié

Le film suit Boss Spearman (Robert Duvall), Charley Waite (Kevin Costner), Mose Harrison (Abraham Benrubi) et Button (Diego Luna) qui mènent leurs troupeaux à travers les vastes plaines de l’Ouest. Les quatre hommes partagent une amitié basée sur un solide code d’honneur. Leur migration les conduit à

Harmonville, un patelin sous la férule d’un shérif corrompu et d’un rancher tyrannique. Boss et Charley se trouvent irrémédiablement entraînés vers une confrontation avec les dirigeants de la petite ville pour protéger la liberté et les valeurs rattachées à leur style de vie d’une autre époque. Dans la tourmente, la vie de Charley est bouleversée par sa rencontre avec Sue Barlow (Annette Benning), une femme superbe et chaleureuse qui séduit à la fois son coeur et son esprit…

Alors que sa carrière décroit progressivement, Kevin Costner se lance dans un nouveau projet un peu malgré lui. Rien ne le prédestinait à s’occuper de cette adaptation assez ambitieuse sur le papier. « Que ce soit pour mes deux premiers films ou pour celui-ci, je n’ai pas décidé d’emblée d’en devenir le réalisateur. Cela s’est imposé naturellement, parce que j’ai trouvé les scénarios, les ai développés, et que ces histoires trouvaient un véritable écho en moi au point de m’habiter« . Il se met à la tâche dans l’idée de revenir aux racines même d’un genre dont l’âge d’or est désormais éloigné. Le western ne se produit pratiquement plus, Hollywood ne voulant plus dépenser d’importantes sommes d’argent pour des histoires de cow-boy. L’influence de Costner change un peu la donne, mais réunir un budget de 22 millions de dollars n’aura pas été une partie de plaisir pour le cinéaste qui peut toujours s’appuyer sur la boîte TIG PRODUCTIONS (dirigée par… Kevin Costner) et le studio Disney qui assure la distribution américaine. « Prendre une option sur ce livre relevait de la pure folie étant donnée la réticence d’Hollywood à ce genre cinématographique… »  raconta le scénariste Craig Storper. « Le dernier vrai succès dans ce domaine a été IMPITOYABLE, il y a déjà plus de dix ans. Il faut vraiment croire à l’histoire et trouver les partenaires qui ont les tripes pour la raconter avec vous« .

Un décor fabuleux mais capricieux

Pour Costner, renouer avec le western relevait de l’évidence. « Nous avons tous dans le coeur ces images et ces sentiments venus de grands westerns. OPEN RANGE nous entraîne vers cela et nous y plonge. Je crois que la plupart des gens aiment le western d’abord à cause des valeurs simples et cohérentes qu’il défend.« . Les repérages seront longs pour le cinéaste qui désire tourner dans d’importants décors naturels. Il pense tourner dans les montagnes du Montana avant de constater que la région s’est trop modernisée et ne ressemble plus à ce qu’elle était à l’époque. Il opte alors pour le Canada à Longview, mais l’endroit ne sera pas forcément propice à un tournage d’une telle ampleur. En effet, la production devra tracer une route pour relier le camp de base au lieu choisi. Malheureusement, les conditions sont difficiles entre vents violents, neige et inondation causée par… un barrage de castors ! Des complications qui sont habituelles pour Costner après DANSE AVEC LES LOUPS, WATERWORLD et POSTMAN… Pour le casting, le choix de Robert Duvall est une évidence pour le cinéaste qui saura convaincre le comédien de l’accompagner en tête d’affiche. Autre gros coup, la présence de Michael Gambon, un acteur désormais très identifié du grand public après avoir incarné Dumbledore dans la saga HARRY POTTER (à partir du troisième opus). Pour incarner le terrible Denton Baxter, il fallait un acteur de caractère doté d’une présence magnétique immédiate à l’écran. Gambon aima particulièrement l’expérience. « J’ai adoré l’idée de jouer dans un western ! Pour un Anglais, c’est un rêve… Et le meilleur rôle, c’est celui du méchant !« .

Le classicisme d’OPEN RANGE ne joue jamais en sa défaveur. Au contraire, il rend hommage à un genre particulièrement apprécié des cinéphiles qui s’est éteint au fil des années. Si le film de Costner ne relancera pas la popularité du genre, les recettes se révéleront satisfaisantes (68 millions de dollars récoltés) même si la presse restera mitigée, celle-ci reprochant un certain manque de souffle d’originalité. Pourtant, difficile de bouder son plaisir devant cette oeuvre magistralement incarnée par un casting parfait et mis en scène d’une main de maître par un Kevin Costner inspiré. S’appuyant sur une photographie soignée signée James M.Muro, le cinéaste contemple les vestiges d’un monde perdu avec une passion évidente. Quand on revoit OPEN RANGE, on est en droit de regretter l’absence de Costner à la réalisation depuis maintenant… 19 ans !

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