Mystic River, la puissance du point de vue

Parler de MYSTIC RIVER, c’est déjà se souvenir de l’émotion ressentie devant ce film. Clint Eastwood adapte ici l’un des meilleurs romanciers contemporains, Dennis Lehane, avec une maestria dont lui seul a le secret.

Jimmy Markum, Dave Boyle et Sean Devine ont grandi ensemble dans les rues de Boston. Rien ne semblait devoir altérer le cours de leur amitié jusqu’au jour où Dave se fit enlever par un inconnu sous les yeux de ses amis. Leur complicité juvénile ne résista pas à un tel événement et leurs chemins se séparèrent inéluctablement.
Jimmy sombra pendant quelque temps dans la délinquance, Sean s’engagea dans la police, Dave se replia sur lui-même, se contenta de petits boulots et vécut durant plusieurs années avec sa mère avant d’épouser Celeste.
Une nouvelle tragédie rapproche soudain les trois hommes : Katie, la fille de Jimmy, est retrouvée morte au fond d’un fossé. Le père endeuillé ne rêve plus que d’une chose : se venger. Et Sean, affecté à l’enquête, croit connaître le coupable : Dave Boyle… C’est le moment où bascule le récit. Peu à peu, les regards vont changer et la certitude d’avoir trouvé le coupable va bousculer les protagonistes.

Eminemment puissant (la découverte du corps de la fille par un Sean Penn habité, reste dans toutes les mémoires) et incroyablement pertinent, MYSTIC RIVER est une fine étude psychologique qui interroge la notion de point de vue. Dans une

telle situation, la réflexion se confond avec l’émotion et s’avère donc impuissante. Clint Eastwood déroule son récit, avec une simplicité hors du commun, ne se perdant jamais dans l’une des ses nombreuses intrigues. Cet équilibre qu’il parvient si souvent à trouver est bien plus difficile à obtenir qu’on ne le pense. Il parvient constamment à rendre son propos intelligible tout en lui donnant la consistance nécessaire.

Cette subtilité, il l’obtient également de la part de ses comédiens, tous parfaits. Outre la performance exceptionnelle de Sean Penn (qui remporta très justement l’oscar du meilleur acteur), celle de Tim Robbins est elle aussi parfaite. En incarnant Dave Boyle, celui qui s’est fait enlever, il parvient à trouver le coeur même de cet homme troublé et troublant, qui possède une ambiguïté indéniable. Enfin, Kevin Bacon est l’entre-deux, celui qui doit réfléchir et évacuer ses propres émotions. Son impossibilité à communiquer avec sa femme l’oblige à plonger corps et âme dans cette terrible enquête. Avec sa prestance habituelle, l’acteur n’a pas besoin de beaucoup de scènes pour briller.

MYSTIC RIVER reste l’un des sommets de la carrière de Clint Eastwood en tant que réalisateur. C’est vrai qu’elle en possède beaucoup, mais techniquement et émotionnellement, il atteint ici un certain paroxysme.

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