Rencontre avec Joe Black, l’ombre et la lumière

Martin Brest n’a réalisé que sept films. Et pourtant, parmi eux, il existe un quatuor de longs-métrages mémorables. Il y a eu son oeuvre la plus culte, celle qui a marqué la pop culture, LE FLIC DE BEVERLY HILLS en 1984. Le film avec Eddie Murphy fut suivi par MIDNIGHT RUN, comédie culte avec Charles Grodin et Robert de Niro. En 1992, il peut se targuer d’être celui qui a permis à Al Pacino de remporter son seul Oscar avec LE TEMPS D’UN WEEK-END.

Une histoire de fin

En 1998, Brest sort RENCONTRE AVEC JOE BLACK, son dernier film mémorable (je jetterai un voile

pudique sur le raté AMOURS TROUBLES). Le cinéaste adapte librement un long-métrage réalisé en 1934 par Mitchell Leisen intitulé TROIS JOURS CHEZ LES VIVANTS. ll faut rappeler que ce dernier est déjà tiré d’une pièce de théâtre d’Alberto Casella, LA MORT PREND DES VACANCES. L’intrigue se concentre sur William Parrish, un puissant homme d’affaires, qui ressent une violente douleur tandis qu’une voix surgissant des ténèbres lui annonce sa mort prochaine. À ce moment-là, un jeune inconnu se présente à son domicile pour l’accompagner dans son dernier voyage. Ce messager de l’au-delà impose à Parrish de l’héberger chez lui afin de lui donner l’occasion de partager un temps les expériences, les joies, les émotions et les drames des vivants, qui semblent lui être étrangers.

Dans le fond, RENCONTRE AVEC JOE BLACK est une fable qui peut-être reliée aux différents mythes grecs personnifiant la mort qui est incarnée ici par Brad Pitt. L’acteur est désormais la nouvelle coqueluche d’Hollywood, lui qui vient d’enchaîner L’ARMEE DES DOUZE SINGES, SLEEPERS, ENNEMIS RAPPROCHES et SEPT ANS AU TIBET. En face de lui, il retrouve Anthony Hopkins avec lequel il avait déjà tourné quelques années auparavant dans LEGENDES D’AUTOMNE. L’interprète de Hannibal Lecter

incarne ici William Parrish, un rôle qui était d’abord destiné à Gene Hackman. Ce dernier refusa poliment l’offre et Hopkins fit donc son entrée sur scène. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les méthodes de Martin Brest ne furent pas toujours appréciées par le comédien. En effet, le cinéaste était perfectionniste et n’hésitait pas à refaire des dizaines de fois une seule scène, une décision qui avait le don d’agacer Hopkins qui n’est pas du genre à supporter la multiplication des prises…

Un succès en continu

Avec un budget avoisinant les 90 millions de dollars, RENCONTRE AVEC JOE BLACK est un film coûteux qui sera difficilement rentabilisé en salles. Les critiques sont peu enthousiastes et Brad Pitt lui-même critiquera sa prestation. Pourtant, le film ne va pas sombrer dans l’oubli. Redécouvert en masse dans les vidéoclubs, il va alors soudainement toucher le grand public par son aspect mélodramatique flamboyant. Finis les doutes quant à la qualité de l’oeuvre et sa durée redoutable (dont une version « raccourcie » sera même diffusée à la télé !), les spectateurs s’attachent à ce récit édifiant sur l’importance de la vie et de ce qui nous entoure. C’est parfois mielleux, mais RENCONTRE AVEC JOE BLACK doit aussi sa renommée à ce sentimentalisme exacerbé. Vingt-trois ans plus tard, le film est toujours apprécié par cette dimension émotionnelle appuyée.

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