Sorcerer, William Friedkin en plein cauchemar de production

LE SALAIRE DE LA PEUR d’Henri-Georges Clouzot est l’un des films qui m’a plus marqué lors de ma découverte des grands classiques du cinéma. La maîtrise de la mise en scène du cinéaste français est scotchante et reste toujours aussi impressionnante plus de 70 ans après.

Une nouvelle version plus ambitieuse

Admirateur de ce long-métrage, William Friedkin a décidé d’en faire une nouvelle version en 1977. Le bien nommé SORCERER (rebaptisé LE CONVOI DE LA PEUR en VF) n’est pas à proprement dit un remake, mais plutôt une autre version du film originel, une adaptation différente du roman de George Arnaud. À cette époque, le cinéaste est un peu le « roi d’Hollywood ». En 1971, FRENCH CONNECTION fut un succès puis L’EXORCISTE, deux ans plus tard, est devenu un véritable phénomène de société. Ainsi, les studios déroulent le tapis rouge à Friedkin qui a donc toute la liberté pour réaliser ce qu’il veut.

Rapidement validé, le projet se heurte à la difficile étape du casting. Au départ, Steve McQueen devait tenir le rôle principal. Star absolue de l’époque, l’acteur est impressionné par le scénario et donne son accord. Mais par un incroyable imbroglio, il ne participera pas au projet. En effet, il vient d’épouser Ali McGraw et un tournage en dehors des Etats-Unis l’inquiète. Il ne veut pas s’éloigner d’elle de peur qu’elle le quitte. Il tentera tout auprès de Friedkin pour qu’on lui attribue n’importe quel rôle sur le film, mais rien n’aboutira. Marcello Mastroianni, Lino Ventura et Robert Mitchum sont également choisis, mais jetteront tous l’éponge.

C’est UNIVERSAL PICTURES qui va proposer Roy Scheider pour le rôle principal. Normal, le studio vient de cartonner avec LES DENTS DE LA MER. Un choix qui ne plaît à personne. L’acteur a encore en travers de la gorge le fait que Friedkin ne l’ait pas choisi pour interpréter le père Karras dans L’EXORCISTE. C’est lors de son arrivée que Ventura abandonnera le film.

Un tournage compliqué

Cependant, SORCERER commence à inquiéter en coulisses. UNIVERSAL doute et la PARAMOUNT vient à la rescousse pour co-produire le métrage. Le tournage en République dominicaine sera un véritable

enfer qui marquera fortement le réalisateur. La scène la plus importante du film, celle du pont, sera un véritable calvaire. Après une construction qui dura trois mois (et coûta au passage 1 million de dollars), la décrue a asséché la rivière. Ils décident alors de reconstruire le pont à l’identique au Mexique. Là encore, la scène semble impossible à filmer. Les camions ne cessent de tomber et la production débourse encore 2 millions de dollars pour que l’ensemble aboutisse.

Dans ses mémoires, William Friedkin écrit. « Aucune personne saine d’esprit n’aurait continué ce film.« . Une partie de l’équipe de tournage est décimée par la malaria. L’enfer continue pour le cinéaste qui est dépassé par l’ampleur de ce projet gargantuesque. Il perd 25 kilos et n’est pas loin de tomber de fatigue. Les jours s’accumulent, la lumière naturelle de la jungle est très changeante et rend tout compliqué. Trop perfectionniste, irascible et colérique, Friedkin va rendre fou ses collaborateurs, ceux-ci témoignant d’une « ambiance invivable » sur le plateau.

Puis vient le moment de la sortie après de longs mois de montage. Décidément, rien n’aura réussi à Friedkin. SORCERER sort en même temps qu’un film galactique qui va changer la face du cinéma. Trop sombre, trop torturé, le long-métrage ne trouve pas son public. Les spectateurs sont fascinés par STAR WARS et son aventure visuelle révolutionnaire. C’est un gros flop Pour le cinéaste qui aura bien du mal à s’en remettre. Il déclarera. « Ce film devait être mon chef-d’oeuvre. J’avais l’impression que tous mes autres films n’avaient été qu’une préparation de celui-ci. ». Aujourd’hui, SORCERER est resté un formidable film presque aussi fort que l’original.

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