A.I : Intelligence Artificielle, une oeuvre signée Spielberg et Kubrick

La façon dont A.I : INTELLIGENCE ARTIFICIELLE vit le jour est une histoire presque aussi rocambolesque que le film lui-même. Dans les années 1980, Stanley Kubrick avait pris une option sur une nouvelle de Brian Aldiss, SUPERTOYS LAST ALL SUMMER LONG. Des années plus tard, il associa Spielberg à l’élaboration du projet de façon informelle, lui répétant avec insistance qu’il convenait mieux à sa sensibilité qu’à la sienne.

Un univers brillant

Kubrick était un orateur fascinant, une force irrésistible, une fois lancé. Le futur A.I se déroule en l’an 2142, alors que de nombreuses villes côtières (comme New York et Venise) ont été submergées par la montée des océans. Les survivants de ce désastre écologique se sont retirés à l’intérieur des terres, où ils ont crée une race de robots impossibles à distinguer des humains, les « mécas », censés constituer la classe des serviteurs. Un jour, le professeur Hobby (William Hurt) crée le premier enfant-robot, David (Haley Joel Osment). Il est décidé que David sera adopté par Harry et Monica Swinton, les parents d’un enfant maintenu dans un coma cryostatique dans l’attente de la découverte d’une thérapie pour sa maladie.

À la sortie du film, plusieurs questions émergèrent et notamment celles concernant la collaboration entre Spielberg et Kubrick. Beaucoup se demandaient lequel des deux cinéastes avait imposé sa vision dans l’élaboration de l’intrigue. Le dénouement, en particulier, concentre les controverses. Spielberg s’expliqua : « Les gens croient que Stanley voulait terminer A.I avec David et Teddy emprisonnés au fond de l’océan, pris au piège de la roue Ferris, jusqu’à ce que leurs batteries soient complètement épuisées et que le générique de fin apparaisse. Et, bien sûr, on me reproche d’avoir continué l’histoire deux mille ans plus tard, à une époque où les robots crées par l’humanité l’ont remplacée et où des super-mécas règnent sur le monde. Ils considèrent ainsi que j’ai gâché le film, alors qu’en fait, le projet rédigé par Stanley se poursuivait bien deux millénaires plus tard dans le futur, exactement comme dans ma propre version. J’ai écrit le scénario parce que Stanley n’était plus en vie pour le faire. Je n’ai fait que reprendre ses idées.« . Des mots clairs et précis.

Les possibilités de L’intelligence Artificielle

De sa carrière, Spielberg n’a jamais eu autant besoin de s’expliquer que sur ce film. De nombreux spécialistes désiraient à tout prix opposer les deux cinéastes alors que c’est une vision commune qui a mené A.I. D’ailleurs, l’Intelligence Artificielle bouscula de nombreux spectateurs, ce qu’expliqua

Spielberg à l’époque. « Beaucoup de gens ont été choqués par cette notion d’intelligence artificielle : Peut-on aimer sa poupée ? Peut-on aimer quelques chose qui a été créé par votre voisin ? Eh bien oui, on le peut quand on est un enfant. Mais une mère peut-elle aimer une poupée qui a l’aspect d’un enfant et se conduit comme tel ?« . La question reste en suspens et ressemble à Kubrick. Ce dernier avait cette façon d’ouvrir des débats sans forcément les refermer, là où Spielberg apporte souvent des solutions aux problèmes posés. Deux styles différents fondamentalement qui ont également pu s’opposer sur le sort de David. L’humanisme du papa d’E.T fut probablement plus favorable à l’idée que David soit devenu un humain à part entière, là où Kubrick songeait certainement à une vision plus noire, plus pessimiste. Et c’est peut-être pour cette raison qu’il insista pour que Spielberg se charge de la réalisation du film, lui-même ne trouvant pas l’optimisme nécessaire pour le mettre en scène…

Quoi qu’il en soit, A.I a fait beaucoup parler et n’a pas forcément conquis les critiques qui réfléchirent plus au contexte du film qu’à l’oeuvre en elle-même. Pourtant, celle-ci est soulève des questions passionnantes et complexes. Elle est dure et sans compromis, mais parfois allégée par la subtilité lumineuse de son réalisateur. Elle porte aussi le regard doux et plein d’espoir du jeune Haley Joel Osment qui imprimera durablement dans nos mémoires quelques séquences d’une bouleversante émotion.

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