La chute du Faucon Noir, Ridley Scott plonge en plein chaos

Déjà sorti depuis vingt ans, LA CHUTE DU FAUCON NOIR reste une véritable démonstration de force de la part de Ridley Scott. Récemment remastérisé en 4K, le film n’a pas pris une ride et se suit comme une décharge ahurissante de maîtrise, portée par la mise en scène nerveuse de Ridley Scott.

Le 3 octobre 1993, avec l’appui des Nations Unies, une centaine de marines américains de la Task Force Ranger est envoyée en mission à Mogadiscio, en Somalie, pour assurer le maintien de la paix et capturer

les deux principaux lieutenants et quelques autres associés de Mohamed Farrah Aidid, un chef de guerre local. Cette opération de routine vire rapidement au cauchemar lorsque les militaires sont pris pour cibles par les factions armées rebelles et la population, résolument hostiles à toute présence étrangère sur leur territoire. De ce postulat, Scott nous bluffe par son impressionnante gestion du chaos. Sa caméra se balade entre les soldats avec une énergie folle et s’écrase dans un décor presque apocalyptique qui pourrait résonner comme un enfer à ciel ouvert.

Produit par le grand manitou Jerry Bruckheimer, LA CHUTE DU FAUCON NOIR arrive dans les mains de Ridley Scott après être passé dans celles de Simon West, grand initiateur du projet. Finalement, ce dernier ira porté LARA CROFT : TOMB RAIDER à l’écran, laissant le film dans une phase de réécritures intenses. Il faut dire que celui-ci bouscule le spectateur par sa façon de prendre à contre-pied les passages obligés du genre. Le film de guerre est codifié, mais Scott n’est pas de cet avis. Peut-être parce que la guerre même a changé de visage et de logique. On retrace ici la véritable bataille de Mogadiscio, cette dernière s’insérant dans un contexte géo-politique bien particulier. La notion d’interrogation sur la véritable nature du combat est déjà bien présente dans le film et entraînera alors une redéfinition du film de guerre dans un monde post 11-septembre traumatisé et morcelé.

Rapidement jugé comme un film d’action efficace sans véritable fond, LA CHUTE DU FAUCON NOIR a changé de dimension aujourd’hui, incarnant plus que jamais la difficulté d’y voir clair dans le monde actuel. C’est ce qu’on appelle être un visionnaire, et Scott est assez coutumier du fait. En s’emparant d’un genre bien identifié (à l’instar du péplum avec GLADIATOR), le cinéaste parvient à le remettre sur le devant de la scène tout en le renouvelant avec panache. Toutefois, le succès ne fut pas au rendez-vous : produit pour 95 millions de dollars, le long-métrage ne rapportera que 167,8 millions de dollars de recettes mondiales.

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