La Liste de Schindler, Steven Spielberg face à l’Holocauste

Tout commence à l’été 1982, lors du week-end de la sortie du film E.T. Sid Sheinberg, le boss d’UNIVERSAL, appelle Steven Spielberg pour lui parler des premiers chiffres au box-office de son films (qui étaient formidables), mais aussi et surtout d’une critique d’un livre écrit par Thomas Keneally sur un certain Oskar Schindler. Son message était clair : « Je crois que vous devez raconter cette histoire. »

Un récit difficile

L’option est posée, le livre est envoyé. Sauf que le cinéaste ne se sent pas capable de mettre en scène une telle histoire. « Je n’avais ni le métier ni la maturité affective pour traiter de l’Holocauste de façon décente, sans faire honte à la mémoire des survivants et plus encore à celle des morts. ». Il chercha donc

à confier le projet à quelqu’un d’autre et en particulier Roman Polanski. Malheureusement, ce dernier refusa car il avait déjà une autre idée en tête sur l’Holocauste (qui deviendra le formidable LE PIANISTE). Mais au fil des années et des refus, Spielberg comprit que ce projet était pour lui et qu’il devait se résoudre à le réaliser.

Une ébauche de scénario fut rédigée, qui ne lui parut pas convaincante. Puis le scénariste Steve Zaillian fut associé au projet. Il écrivit une première version qui séduisit le cinéaste, bien qu’il ne la trouvât pas suffisamment étoffée. « Le film doit être plus long » dit-il. Il voulait à la fois parler de l’acte de Schindler, mais y voyait aussi une occasion d’englober plus largement l’Holocauste. Ils se rendirent alors à Auschwitz et sur d’autres lieux du drame. Un déplacement qui frappa le scénariste qui rendit alors une copie plus enrichie et vaste. Spielberg déclara. « Le film devait dire beaucoup de choses sur le génocide des Juifs, sur le processus qui a conduit à l’Holocauste, ce script imaginé par Satan. L’idée de priver certaines personnes de leurs libertés, de les obliger à porter une étoile, de les contraindre à faire du marché noir pour survivre, de liquider le quartier des Juifs de la classe supérieure, d’enfermer les autres dans un ghetto avant de les disperser dans des camps de travaux forcés ou de les expédier directement à Auschwitz-Birkenau... ». Toutefois, le récit ne devait pas oublier de rester concentré sur Oskar Schindler.

Oskar Schindler et la petite fille au manteau rouge

Voilà un personnage très riche, présenté comme un homme superficiel et frivole, un play-boy qui dirige avec désinvolture une usine d’émaux à Cracovie, consacrant l’essentiel de son temps au vin, aux femmes et aux chansons et s’accommodant plutôt bien de l’occupation nazie. Cependant, son usine emploie surtout des Juifs, et il n’a rien contre eux non plus, bien au contraire. L’interprétation formidable de Liam Neeson va exacerber ces caractéristiques tout en humanisant un homme complexe. Les premières versions du scénario avaient tenté de le rendre plus « héroïque », mais cette idée fut écartée et il fut décider que la façon d’agir de Schindler resterait inexplicable et inexpliquée. Face à lui, le psychopathe Amon Goeth interprété par un fabuleux Ralph Fiennes, un homme qui ne recule devant rien mais que Schindler se doit de manier avec précaution.

Tourné entièrement en noir et blanc, LA LISTE DE SCHINDLER a frappé les esprits par ses deux détails colorés à savoir la bougie du début et la fameuse petite fille en rouge. Pointé du doigt par son sentimentalisme, la presse ne l’épargna pas sur ce point. Pourtant, là n’était pas l’intention du cinéaste qui a, au contraire, chargé ce symbolisme d’ambiguïté politique. « Ce qui se passait, expliqua-t-il, crevait autant les yeux qu’une petite fille en manteau rouge. Pourtant, on ne fit rien pour bombarder les lignes de chemin de fer allemandes, pour détruire les fours crématoires ou freiner l’annihilation à l’échelle industrielle des Juifs européens. C’est le message que j’ai voulu faire passer en filmant cette scène en couleur. ».

Chef-d’oeuvre absolu, LA LISTE DE SCHINDLER fut un carton en salles et remporta sept oscars. Le film aida à la création de la Fondation de la Shoah qui a permis de réunir des milliers de vidéos sur les souvenirs des survivants de l’Holocauste, distribués aux établissements pédagogiques du monde entier. « Pour ne jamais oublier« .

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