Empire du Soleil, le film charnière de Spielberg

En 1987, Steven Spielberg fit un confidence : « Pour la première fois, je tourne un film pour me faire plaisir, pas pour plaire au public.« . Une phrase loin d’être anodine. Si LA COULEUR POURPRE est son premier vrai virage vers un cinéma plus mature et moins ouvert au grand public, c’est définitivement avec EMPIRE DU SOLEIL que le cinéaste va grandir et devenir le metteur en scène complet que l’on connaît aujourd’hui.

Ce fut David Lean qui éveilla l’intérêt de Spielberg pour EMPIRE DU SOLEIL. Le réalisateur anglais avait lu le roman autobiographique de J.G Ballard et, séduit par sa dimension épique, avait demandé à Spielberg de s’informer des droits, détenus par la Warner Bros. La major hollywoodienne répondit qu’elle s’était engagée avec un autre réalisateur. Les choses auraient pu s’arrêter là. Cependant, six mois plus tard, Terry Semel (co-directeur de Warner) appela pour dire que le contrat était rompu et demander si Lean était toujours intéressé. Il ne l’était plus. Mais Semel suggéra à Spielberg de le faire. Il accepta.

L’enthousiasme du metteur en scène s’explique facilement. Jim Graham (le tout jeune Christian Bale) est un enfant gâté de la communauté anglaise expatriée dans le Shanghai d’avant-guerre. Peu après avoir fait sa connaissance, on retrouve Jim dans une garden-party, vêtu d’une sorte de costume oriental, courant au milieu des invités avec un avion miniature en imitant le vrombissement du moteur. Trouvant un avion battu, il grimpe dans le cockpit et se lance dans un combat rapproché imaginaire. Pendant ce temps, les Japonais occupent Shanghai. Dans une séquence qui compte parmi les meilleures scènes du cinéaste, Jim et sa mère se retrouvent pris dans un mouvement de panique sur le Bund, la principale artère de la ville. Jim s’accroche à la main maternelle mais dans la bousculade, laisse tomber son avion miniature. Il s’écarte un instant pour le ramasser et perd sa mère de vue au milieu de la foule. Un instant bouleversant.

Première production cinématographique occidentale que la Chine accueille, EMPIRE DU SOLEIL est un véritable chef-d’oeuvre qui frappe par la maestria de sa mise en scène. Spielberg dira : « Je crois que j’ai

forcé le trait, car je voulais faire passer un message. Ce sont les vestiges d’une société qui n’a pas vu la guerre. Elle a ouvert les yeux alors qu’il était déjà trop tard, ce qui est toujours le cas des gens aux manettes de leur propre entreprise ou de l’économie d’un pays : ils sont les derniers à voir la catastrophe fondre sur eux.« . À sa sortie, le film a reçu un accueil mitigé. Cependant, avec le temps, EMPIRE DU SOLEIL a continué de faire des adeptes pour devenir l’un des films préférés du cinéaste chez les aficionados. L’interprétation exceptionnelle de naturelle du tout jeune Christian Bale transcende le long-métrage, tout comme la présence de John Malkovich. Plus que LA COULEUR POURPRE, ce film traduit la maturité du cinéaste. Et se révèle être une oeuvre unique qui continue de briller près de quarante-cinq ans après sa sortie.

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