Vercingétorix, de l’ambition à la catastrophe

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Les grande épopées, les batailles épiques, l’héroïsme outrancier… Le cinéma a connu certaines de ses plus belles heures guerrières durant les années 1990 et 2000, le paroxysme étant la trilogie dantesque du SEIGNEUR DES ANNEAUX par Peter Jackson. La France, terre de la comédie, est également capable de produire quelques films ambitieux et notamment en ce début de siècle où une relève s’installe, désireuse d’emmener les spectateurs dans les salles, ceux là même qui viennent assister aux spectacles hollywoodiens.

Au départ, à l’aube du nouveau millénaire, le projet VERCINGETORIX a pour ambition de retracer cette époque charnière de l’histoire de notre pays tout en rendant hommage à un héros historique. Une louable volonté, surtout quand les scénaristes annoncent d’emblée que l’exemple du film à venir ne sera rien d’autre que BRAVEHEART réalisé par Mel Gibson. Forcément, quand on pose de telles bases, il faut assurer derrière…

Le premier problème reste forcément le flou historique qui entoure Vercingétorix. L’Antiquité est une période très peu détaillée où il existe assez peu de trace écrite. Ce n’est pas grave, tout le monde se lance quand même et

Christophe Lambert s’engage. Star de l’époque 80s, l’acteur de GREYSTOKE est en train de voir sa carrière décliner et accepte la proposition, désireux de retrouver des projets plus sérieux après BEOWULF, FORTRESS 2 et un énième HIGHLANDER. Jacques Dorfmann, producteur devenu célèbre grâce au carton de LA GUERRE DU FEU, se met derrière la caméra. Dans son envie de tout contrôler, il produit et rédige le scénario en compagnie de Rospo Pallenberg et Norman Spinrad. Fan de rugby, l’homme commet déjà une première erreur : il engage Vincent Moscato, Jean-Pierre Rives et Denis Charvert, trois professionnels solides sur leurs appuis (mais pas bons acteurs). Le tournage est validé en Bulgarie et le cataclysme se mettent route. Le cinéaste et son interprète principal sont sous alcool (et autres variétés addictives…) tandis que le budget validé n’excède pas les 12 millions, rendant difficile l’ambition mise sur le papier. Et le résultat va forcément s’en ressentir.

D’autant que Christophe Lambert, complètement éteint, s’en prend à Dorfman lorsqu’il doit s’écrier « Gauloises, gaulois ! » avant chaque discours. Il trouve cela complètement absurde et lui demande de modifier ses dialogues. Le réalisateur refuse et campe sur ses positions, arguant le fait que le général de Gaulle s’est lui-même inspiré du chef gaulois pour son « Françaises, français ! ». Désemparé, Lambert fait le strict minimum et assiste au naufrage qui se joue en direct, chaque jour. La presse vient, écrit des articles élogieux, félicite la volonté nationale d’offrir un spectacle démesuré. Le 24 janvier 2001, le bien-nommé VERCINGETORIX, LA LEGENDE DU DRUIDE ROI (outch !) sort dans les salles…vides.

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Un flop total. Seulement 371 390 spectateurs se déplacent pour voir ce film affligeant qui est devenu, aujourd’hui, un trésor pour les amateurs de nanars. Rien ne fonctionne, tout semble réalisé dans un élan de contre-sens total. Rien d’étonnant quand on sait que tout le monde a pris peur sur la table de montage lorsqu’ils ont vu les catastrophiques plans des batailles mises en boîte. A l’écran, ça fait peine à voir, entre les costumes bon marché, les perruques cheap et la reconstitution catastrophique du monde historique mis en scène. Les dialogues, sommet de ridicule, sont involontairement drôles et empêchent toute crédibilité. 

Aujourd’hui, on regarde ce film d’un oeil amusé, comme si on observait une parenthèse excitante pour le cinéma français qui désirait ardemment changer de braquet, inspiré par l’héroïsme hollywoodien. L’échec de ce renouveau fit perdre toute la confiance acquise par les producteurs qui mirent alors leur force sur des valeurs sûres. Une autre époque (pas si lointaine)…​

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