Munich, le désir de paix de Steven Spielberg

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Lors des jeux Olympiques de Munich en 1972, des membres de Septembre Noir, un groupe terroriste qui opère à partir de la Palestine, prennent en otages et massacrent onze athlètes de l’équipe israélienne. Ce crime ne peut pas rester impuni, et Golda Meir, le premier ministre israélien de l’époque, décide la création de plusieurs commandos d’agents secrets pour venger les victimes.

La vengeance comme moteur

Situé entre le très sombre LA GUERRE DES MONDES (probablement l’un des meilleurs blockbusters de ces vingt dernières années) et la récréation INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRANE DE CRISTAL, MUNICH est ce thriller fort en émotions assez effacé dans la filmographie de Spielberg. Pourtant, sa puissance d’évocation est immense. On s’intéresse ici à l’un de ces commandos, Avner (incarné par Eric Bana), qui réunit également Daniel Craig (le futur James Bond), et Ciaran Hinds. Très vite, les hommes traquent leurs proies avec succès dans différents pays d’Europe et du Moyen-Orient. Au premier degré, le long-métrage fonctionne comme un excellent thriller, bourré d’événements haletants et parfois sanglants.

Mais MUNICH introduit une autre lecture qui insinue progressivement le doute dans l’esprit d’Avner. Spielberg explique son point de vue. « Vous agissez parce que vous croyez en votre mission, que vous aimez votre pays et que vous êtes le chef du commando. Mais il y a quelque chose de particulier dans le fait de tuer les gens à bout portant. Il y a quelque chose de particulier dans le fait de mener une double vie et d’avoir l’air normal lorsqu’on n’est pas en train de commettre des assassinats. Ce type d’activité met l’âme d’un homme à rude épreuve. Tout au long de l’histoire, Avner mène un dur combat contre lui-même pour garder son âme intacte.« .

Un sujet brûlant

Au départ du projet, c’est Kathleen Kennedy qui a acheté les droits d’un livre écrit par George Jonas intitulé VENGEANCE, qui racontait les faits connus de cette mission. Le livre était déjà sujet à controverse car de nombreux détails ne devaient pas être rendus publics avant que les dossiers soient descellés. Certains membres du Mossad furent d’ailleurs choqués par cet ouvrage. Après avoir refusé le film plusieurs fois, Spielberg finit par s’impliquer dans le processus d’élaboration. Il déclarera que ce projet est « une prière pour la paix« . En témoigne cette séquence où Avner et son homologue palestinien se rencontrent brièvement.

Sombre et indéniablement intimiste, MUNICH fait partie de ces films qui marquent. Les multiples visions jouent largement en sa

faveur, dans le sens où elles nous redonnent une autre valeur à chaque plan. Il reste injustement sous-estimé dans la carrière de Spielberg. C’est pourtant une oeuvre d’une ambivalence impressionnante qui questionne sur la valeur d’une vie humaine ainsi que de l’absurde application de la loi du Talion. Le cinéaste aura des mots très justes par rapport aux thèmes qu’il exploite. « La surenchère de réactions réciproques est un cycle sans fin qui ne résout rien. Cela revient simplement à créer un dispositif de mouvement perpétuel. Je n’ai jamais prétendu répondre à la question de la politique israélienne. Ce n’est pas mon rôle. Je ne suis ni diplomate, ni politicien, ni décideur, mais cinéaste, et je ne propose pas de solutions. Néanmoins, le film se caractérise par un esprit inquisiteur et pose beaucoup de questions. ».

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