Et au milieu coule une rivière, la nature et la famille selon Robert Redford

Déjà dans son premier film réalisé en 1980, DES GENS COMME LES AUTRES, Robert Redford cinéaste décrivait les ravages du non-dit dans une famille ordinaire. Un classique instantané porté par un excellent Donald Sutherland. Pour son deuxième long-métrage intitulé MILAGRO, il illustrait l’importance de la nature et la nécessité de la protéger. Cette comédie dramatique qui hésite parfois un peu avec les différents tons mis en scène reste essentielle lorsqu’on évoque les thématiques chères à Redford. En 1993, pour son troisième opus, il réussit le coup de maître. 

Une histoire de famille

ET AU MILIEU COULE UNE RIVIERE prend la forme d’un long flash-back sur une Amérique révolue avec un constat amer sur la désuétude dans laquelle sont tombées des valeurs comme la foi, l’honneur ou la famille. Dans le fond, le film est l’histoire de deux frères, Norman et Paul Maclean, incarnés par l’imposant Craig Sheffer et la future star Brad Pitt. Elevés sous le signe de la religion presbytérienne et de la pêche à la mouche, ils vont être façonnés par l’exigence de ces deux fondamentaux. Adapté de la nouvelle écrite

par Norman Maclean lui-même nommée LA RIVIERE DU SIXIEME JOUR, le film est une véritable expérience de vie pour Redford. Il plonge à l’intérieur de cette famille et se jette corps et âme dans son travail. A tel point qu’il décide de faire la voix du narrateur. Cette voix-off structure tout le déroulement du film en devenant symbolique et ce sous plusieurs formes : elle est tout autant celle de l’écrivain qui narre son histoire qu’une manière d’incarner Maclean pour Redford. 

Un hymne à la nature

Un point de vue logique quand on connaît la jeunesse tumultueuse du cinéaste. Trouvant des similitudes chez Paul (ainsi que chez son interprète, Brad Pitt), il aime également l’amour que porte Norman à la littérature. Surtout, le film est une ode à la nature, ce qui ne surprendra personne quand on connaît l’engagement de Redford, qui a joué un grand rôle dans l’élaboration de plusieurs décrets ayant pour but la défense de l’environnement. Il suit ici une certaine tradition américaine, loin de tout propos manichéen complaisant, affirmant sa filiation avec de grands auteurs comme Emerson qui était considéré comme « l’écrivain de la nature », chef de file de la transcendantaliste du début du XXème siècle (dont la croyance fondamentale lie les humains à la nature). Si le film n’évite pas quelques écueils (le cinéaste est parfois trop démonstratif), sa force théorique et visuelle emporte tout sur son passage. 

Deux ans après, Redford réalisera l’étonnant QUIZ SHOW avec John Turturro puis mettra en scène son chef-d’oeuvre, L’HOMME QUI MURMURAIT À L’OREILLE DES CHEVAUX.  

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