Le Nouveau Monde, l’histoire de Pocahontas selon Terrence Malick

Lorsque Terrence Malick revient derrière la caméra en 2005, cela fait sept ans qu’il a disparu des radars. La dernière fois, c’était en 1998 pour l’acclamé LA LIGNE ROUGE. Avec LE NOUVEAU MONDE, il a la possibilité d’aborder de nombreuses thématiques qui lui sont chères tout en s’appuyant sur une histoire connue de tous : celle de Pocahontas.

En avril 1607, trois bateaux anglais accostent sur la côte orientale du continent nord-américain. Au nom de la Virginia Company, ils viennent établir « Jamestown », un avant-poste économique, religieux et culturel sur ce qu’ils considèrent comme le Nouveau Monde. Même s’ils ne s’en rendent pas compte, le capitaine Newport (Christopher Plummer) et ses colons britanniques débarquent au coeur d’un empire indien très sophistiqué dirigé par le puissant chef Powhatan. John Smith (Colin Farrell), un officier de l’armée, est alors aux fers pour insubordination. Déstabilisés, les Anglais préfèrent combattre plutôt que de s’adapter. En cherchant de l’aide auprès des Indiens, John Smith découvre une jeune femme fascinante (Q’Orianka Kilcher). Volontaire et impétueuse, elle se nommée Pocahontas, ce qui signifie « l’espiègle ». Très vite, un lien se crée entre elle et Smith. Un lien si puissant qu’il transcende l’amitié ou même l’amour…

Dans son esthétique, LE NOUVEAU MONDE dessine déjà ce que sera le cinéma de Terrence Malick durant le XXIème siècle. Après ce film à 30 millions de dollars de budget, il disparaitra de nouveau pendant 6 ans jusqu’à sa Palme d’Or obtenue avec TREE OF LIFE. Loin de toutes contingences commerciales, le cinéaste ne fait pas LE NOUVEAU MONDE pour plaire à tous et s’épanouit totalement dans un style hors normes,

poétique, envoûtant. Il aborde ici le choc des cultures, décrivant le monde des Indiens comme un paradis perdu qui s’est vu annihiler par des colonisateurs anglais. À l’aide de sa caméra gracieuse et virevoltante, il capte une tranche de vie vibrante qui se dilue souvent dans son aspect contemplatif. Impossible pour le spectateur de posséder de solides repères tant le montage s’amuse à nous perdre à travers le temps et l’espace. Le procédé n’est aussi poussé que dans le futur TREE OF LIFE, mais ceux qui sont venus voir à l’époque un film à grand spectacle ont du tomber de très haut. Souvent dépourvu de dialogues et clairement introspectif, LE NOUVEAU MONDE est une odyssée toute aussi personnelle qu’historique.

C’est dans cette manière qu’a Malick de construire son film que les interrogations surviennent : Faut-il autant aller dans l’esbroufe pour appuyer ses thématiques ? L’objectif ici est de créer une sorte de symphonie visuelle qui accumule les images pour servir le propos. La voix-off, encore et toujours, et les lumières naturalistes se succèdent, déconstruisant encore un peu plus une oeuvre difficilement comparable avec une autre. Le débat fait et fera toujours rage entre les partisans de ce style si particulier et ses détracteurs.

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