Le dernier des géants, l’ultime rôle de John Wayne au cinéma

Nommé THE SHOOTIST en VO, le film de Don Siegel possède une traduction française parfaite : LE DERNIER DES GEANTS. Il évoque, en creux, le crépuscule du western, ce genre adoré depuis des décennies qui va s’éteindre avec l’un des acteurs qui l’a le mieux incarné : John Wayne.

Atteint d’une maladie incurable, John Bernard Books (John Wayne), le dernier des professionnels légendaires de la gâchette, rentre calmement à Carson City pour recevoir des soins de son vieil ami le Dr Hostetler (James Stewart). Sachant que ses jours sont comptés, il trouve confort et tranquillité dans une pension tenue par une veuve (Lauren Bacall) et son fils (Ron Howard). Mais « Books » n’est pas destiné à mourir en paix; devant les perspectives de la déchéance physique et d’une agonie atroce, il choisit de partir comme il a toujours vécu, les armes à la main, dans un dernier combat. Adapté d’un roman écrit par Glendon Swarthout, LE DERNIER DES GEANTS est, en 1976, un chant du cygne qui trouve forcément un écho dans l’état de santé de Wayne. Lorsqu’il tourne le film, l’acteur est en pleine rémission d’un cancer.

Pas de glorification ici, ni d’héroïsme et encore moins d’incarnation virile de la Conquête de l’Ouest. Dans les années 70 déjà, Peter Bogdanovich avait évoqué l’idée d’un film sous forme d »adieu » pour le western

avec les stars issues du cinéma de John Ford : James Stewart, John Wayne et Henri Fonda. C’est finalement Don Siegel, cinéaste éclectique et surprenant, qui se aura le privilège de mettre en scène une histoire testamentaire. S’il n’est pas encore atteint du cancer qui lui coûtera la vie, Wayne n’est pas au mieux de sa forme durant les prises de vues. Atteint d’une pneumonie, il s’efforce toutefois de garder son sens du professionnalisme lorsque les caméras tournent. Et Siegel le filme avec une pudeur magnifique, les yeux de l’acteur possédant une forme de profonde mélancolie qui rejaillit totalement à l’image.

Le spectre de la mort plane partout dans LE DERNIER DES GEANTS. Le héros d’autrefois est condamné et le film ne cesse de jouer mélodramatiquement avec la métaphore de la maladie. C’est la fin de la conquête, le début d’une nouvelle ère. Trois ans plus tard, John Wayne, la légende, s’éteindra. Le western, lui, se poursuivra mais loin de l’esprit d’autrefois.

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